Du 7 au 10 juillet 2026, Ebolowa accueillera la première édition du Symposium
international sur la gestion des déchets en Afrique. Un événement qui m’interpelle
particulièrement parce que je suis convaincu qu’il est temps d’adopter, au Cameroun et
plus largement en Afrique, une véritable culture du tri des déchets, comme cela se fait
déjà dans plusieurs pays européens.


Il suffit de parcourir les rues de Yaoundé, Douala ou de nombreuses villes africaines pour
mesurer l’ampleur du problème. Dépotoirs sauvages, caniveaux obstrués, montagnes de
plastiques abandonnées aux abords des marchés, sachets emportés par le vent… Le spectacle
est devenu presque banal. Trop banal.
Pourtant, nous savons tous que cette situation n’est pas normale.
Selon les estimations citées dans le dossier de presse du symposium, l’Afrique subsaharienne
a produit 174 millions de tonnes de déchets en 2016. Ce chiffre pourrait atteindre 516 millions
de tonnes d’ici 2050 si rien ne change. Face à cette réalité, la tenue de la première édition du
Symposium international sur la gestion des déchets en Afrique, du 7 au 10 juillet 2026 à
Ebolowa, apparaît comme une initiative particulièrement importante.
Trier les déchets : une révolution culturelle nécessaire
Ce qui m’intéresse le plus dans ce symposium, c’est qu’il ne se limite pas à dénoncer
l’insalubrité. Il propose une réflexion profonde sur le changement des comportements. La
présidente du comité d’organisation, la Pr Colette Djadeu, spécialiste du marketing social et
enseignante à l’ESSTIC, estime que l’une des solutions majeures réside dans le tri des déchets
à la source. « Un élément qui n’a pas été abordé pendant les états généraux, c’était d’inciter les
familles à faire le tri des déchets pour faciliter leur valorisation », explique-t-elle.
Je partage entièrement cette vision.
En Europe, il est courant de disposer de plusieurs poubelles à domicile : une pour les déchets
organiques, une autre pour le plastique, une pour le verre ou encore pour le papier. Les
citoyens savent où déposer leurs déchets et les collectivités organisent ensuite leur collecte.
Pourquoi cela ne deviendrait-il pas une habitude chez nous ?
Bien sûr, les réalités africaines sont différentes. Mais le principe reste le même : si nous
voulons recycler, il faut d’abord trier. Comme le rappelle la Pr Colette Djadeu, « trier c’est une
chose, mais après il faut savoir où mettre le déchet trié ». D’où la nécessité de créer une
véritable coordination entre les différents acteurs de la filière afin que chaque ménage sache
précisément où déposer ses déchets.

Je rêve du jour où les familles camerounaises disposeront, elles aussi, d’au moins deux bacs
distincts à domicile. Ce changement pourrait sembler anodin. Pourtant, il constituerait une
véritable révolution culturelle.
Transformer les déchets en opportunités
L’autre aspect qui me paraît essentiel dans ce symposium est l’accent mis sur l’entrepreneuriat
social. Pendant longtemps, nous avons considéré les déchets comme un problème. Et si nous
commencions à les voir comme une ressource ?
Aujourd’hui déjà, plusieurs jeunes entrepreneurs camerounais transforment les plastiques en
pavés, en meubles, en matériaux de construction ou en objets décoratifs. D’autres développent
des solutions innovantes dans le compostage ou la valorisation des déchets agricoles.
Malheureusement, comme le souligne la Pr Colette Djadeu, « les initiatives sont éparses et
pas coordonnées ». Le symposium ambitionne justement de réunir chercheurs, entrepreneurs,
collectivités territoriales, ONG, entreprises et décideurs politiques afin de construire des
solutions communes adaptées aux réalités africaines. Plus de 300 participants sont attendus à
Ebolowa.
Au-delà des échanges scientifiques, l’événement porte une ambition sociétale forte : changer
les comportements, améliorer la qualité de vie des populations, stimuler les emplois verts et
renforcer l’économie circulaire. La question des déchets ne concerne pas uniquement les
pouvoirs publics. Elle nous concerne tous. Chaque sachet jeté dans un caniveau, chaque
bouteille abandonnée dans la rue et chaque déchet brûlé à ciel ouvert ont des conséquences
sur notre santé, notre environnement et l’avenir de nos villes.
Le symposium d’Ebolowa me donne donc de l’espoir.
L’espoir qu’un jour, au Cameroun et en Afrique, trier ses déchets devienne un réflexe citoyen
aussi naturel que se laver les mains avant de manger. Parce qu’une Afrique plus propre n’est
pas un rêve. C’est un choix collectif.
Sidoine FEUGUI